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La copropriété face aux enjeux de rénovation énergétique :La copropriété face aux enjeux de rénovation énergétique

introduction

La loi Climat et Résilience du 22 août 2021, complétée par plusieurs décrets d’application, a profondément modifié le régime juridique de la copropriété en matière de performance énergétique.

Si les immeubles collectifs étaient déjà soumis à certaines obligations (diagnostics, fonds de travaux, audits énergétiques), la réforme marque un tournant : la rénovation énergétique devient progressivement une obligation structurante et planifiée.

La copropriété, longtemps organisée autour d’une logique de gestion courante, doit désormais intégrer une stratégie patrimoniale à long terme, juridiquement encadrée et financièrement anticipée.

Pour rappel, voici les principaux points à retenir.

  1. Sur le diagnostic et la planification des travaux : une programmation désormais obligatoire

Le législateur a souhaité passer d’une logique d’information à une logique d’anticipation.

Depuis le 1er janvier 2023, les copropriétés de plus de 15 ans doivent élaborer un projet de plan pluriannuel de travaux (PPT).

Ce plan repose notamment sur :

  1. Une analyse de l’état général de l’immeuble
  2. Un diagnostic de performance énergétique collectif
  3. Une estimation du coût des travaux nécessaires
  4. Une hiérarchisation des interventions sur 10 ans

Le plan pluriannuel doit ensuite être soumis au vote de l’assemblée générale.

L’objectif est clair :

  • anticiper la dégradation du bâti,
  • planifier les investissements,
  • éviter les décisions prises dans l’urgence.

Le syndic n’est plus uniquement gestionnaire administratif ; il devient acteur de la stratégie technique et financière de l’immeuble.

  1. Sur le fonds de travaux : une épargne obligatoire renforcée

Le fonds de travaux, déjà prévu par la loi ALUR, est désormais généralisé à la quasi-totalité des copropriétés.

Chaque copropriétaire doit contribuer annuellement à ce fonds, à hauteur minimale de 5 % du budget prévisionnel.

Cette contribution :

  • est attachée au lot et non au copropriétaire,
  • n’est pas récupérable en cas de vente,
  • constitue une réserve affectée exclusivement aux travaux votés.

L’esprit du texte est évident : substituer à une logique de financement ponctuel une logique d’épargne anticipée.

La question n’est donc plus de savoir si des travaux seront nécessaires, mais comment ils seront financés.

  1. Sur les passoires thermiques : une pression réglementaire croissante

La réglementation sur la location des logements énergivores a des conséquences directes sur les copropriétés.

L’interdiction progressive de mise en location des logements classés G puis F au DPE entraîne mécaniquement une pression sur les immeubles collectifs.

Même si la responsabilité de la location demeure individuelle, l’amélioration énergétique passe souvent par des travaux collectifs (isolation des façades, toiture, système de chauffage).

La copropriété devient ainsi le lieu d’arbitrage entre :

  • intérêts patrimoniaux individuels,
  • contraintes réglementaires,
  • solidarité financière entre copropriétaires.
  1. Sur la prise de décision en assemblée générale : un assouplissement encadré

Afin de faciliter la réalisation des travaux énergétiques, les règles de majorité ont été aménagées.

Certains travaux d’amélioration énergétique peuvent être adoptés à la majorité de l’article 25, voire à la majorité simple en cas de second vote.

Le législateur cherche ici un équilibre :

  • faciliter la transition énergétique,
  • sans porter atteinte au droit de propriété des copropriétaires.

Toutefois, la multiplication des obligations techniques et financières augmente le risque contentieux, notamment en cas de carence du syndic ou de blocage décisionnel.

Que faut-il en conclure ?

La réforme de la copropriété en matière énergétique ne constitue pas un simple ajustement technique.

Elle modifie profondément l’économie juridique de l’immeuble collectif :

  • d’une gestion annuelle à une stratégie pluriannuelle,
  • d’une logique curative à une logique préventive,
  • d’une administration comptable à une gouvernance patrimoniale.

La copropriété devient un acteur central de la transition énergétique.

Reste désormais à mesurer l’impact concret de ces obligations sur les finances des ménages et sur la capacité réelle des assemblées générales à adopter des programmes de travaux ambitieux.